Tsetserleg.
Quelle forme d'étranger vient donc par ici? Quelle vision des occidentaux ont les mongols d'ici? Je suis actuellement le seul occidental. Ou je devrais plutôt dire, pour ne pas m'avancer trop, que les hotels et guesthouses que j'ai visités étaient vides et que je n'ai croisé aucun étranger dans la ville.
Tsetserleg est la capitale de l'aïmag*. La ville est annoncée dans les guides commes des plus jolies - ce qu'elle est. Elle abrite cinq ou six hotels et est une base de départ pour des trecks à cheval et à pied. Des touristes passent par ici, et pas qu'un peu. L'été, il faut réserver pour avoir un lit.
Et pourtant, les habitants me dévisagent comme si je sortais d'une soucoupe volante. Les adolescents me hèlent de loin puis rient dans mon dos. La caissière me montre le total du doigt avec un air fermé pour me demander de payer. La serveuse du petit restaurant part sans me regarder quand je lui demande si il est possible de manger - demande faite en mongol s'il vous plait - et fait signe à son collègue de s'occuper de moi.
Pourquoi ces regards de western et ces marques d'aversion? Je ne pense pas représenter pour eux autre chose que le touriste européen, mais que représente le touriste européen? De l'argent? De l'arrogance? Une occidentalité jalousée? Malgré mon apprentissage du mongol, malgré mon approche que je veux - et que j'éspère - très différente du tourisme-consommation, l'étiquette est des plus dures à décoller. Les touristes habituels se comportent-ils si mal que les mongols d'ici semblent les aimer si peu? Je me sens mouton au milieu des moutons du troupeau de l'ouest. Et ici, les moutons qui ne meurent pas dans la montagne, on leur tire le lait, on leur coupe la laine, puis on les abat pour les manger. Sombre perspective.
"Bayarlaa!" La serveuse me dit merci sur un ton presque enjoué.
Ou est-ce moi qui noircis terriblement le tableau de ce que je vis?
Parti pour de longues promenades en dehors de la ville. Quelques heures dans le vent, sur des collines où l'on ne cherche pas de chemin parce qu'il n'y en a pas. Mais où l'on a pas besoin de chemin parce que rien ne gène la marche. L'herbe rase recommence tout juste à repousser après la neige, les forets sont parsemées de cranes et d'ossements - tribus que l'hiver a prélevé aux troupeaux. Quelques heures de dialogue avec le soleil et le vent. J'avais besoin d'être seul avec les paysages. J'avais besoin de rencontrer les éléments et de demander à la terre mon permis de séjour. Car - un chaman vous le dirait - les vrais maitres des lieux ne sont pas les hommes.
Harhorin.
J'ai passé l'après midi à dessiner dans le monastère d'Erdene Zuu. A deux pas de là se dressait la première capitale en dur de l'histoire de la Mongolie : Karakorum. Il n'en reste aujourd'hui plus rien, ses pierres ont servies à construire les murs du monastère et ses cent stupas. Puis j'ai passé la soirée à discuter avec des français bien plus aventureux que moi. Et la matinée suivante à raccommoder mon pantalon qui avait un trou énorme au fondement.
Dans deux ou trois jours, je pars à cheval pour dix jours de steppe.
* division régionale de la Mongolie
vendredi 18 mai 2012
samedi 12 mai 2012
Oulan Bator
La Mongolie est un pays d'altitude et la météo y change vite. Un jour il y fait 26° et un soleil brûlant, le lendemain il fait 1° et il neige. J'ai empilé toutes mes épaisseurs et je suis sorti.
Oulan Bator se veut moderne, lancée sur le toboggan du capitalisme. Ici, aucun traditionnalisme déplacé. Les adolescents ont des habits mal assortis et les cheveux dressés vers le ciel, les costards se portent comme dans le reste du monde et les working girls ont des talons hauts. Le dèl traditionnel se fait rare. Seules les personnes agées le portent encore au quotidien. Ces personnes qui ont connu la Mongolie avant le règne du pétrole ont la démarche tordue et les jambes arquées comme des vieux cowboys. Sur l'aspalte, même combat. Oubliés les chevaux, ils ont laissés la place à la puanteur des gaz d'échappement.
La circulation d'Oulan Bator est celle d'un junkie après un shot d'adrénaline. Le traffic y est anarchique, hératique. Les véhicules changent nerveusement de file et de direction, s'arrêtent où bon leur semble. Quand la circulation est bloquée (tout le temps), les conducteurs se jettent dans les espaces libres de la chaussée puis freinent d'un coup, à quelques centimètres du pare-choc suivant. Dès qu'on peut, on se faufile, on s'évite, on se contourne. S'il le faut, on crée une nouvelle voie de circulation, une roue sur la chaussée, une roue sur la terre du bas-côté. Moyens et gros usent des mêmes stratégie - il n'y a pas de petits véhicules à Oulan Bator, pas de deux roues non plus. Accélération violente - autant que le permet un bus - puis freinage brutal. Pour les passagers, c'est un rodéo constant. Entre conducteurs, on essaie parfois de s'organiser. On fait un signe de la main - pour demander le passage, pas pour le laisser -, on klaxonne comme un sourd, on s'interpelle par la fenêtre. Ou on s'invective.
En tant que piéton, pour traverser ces fleuves, il faut attendre un léger reflux dans la marée de véhicules, pressentir l'espace vide. Puis se lancer. Oser avancer, se faufiler. Parfois forcer un peu le passage. De toute façon, s'il ne mène à rien de s'énerver, à Oulan Bator il ne mène à rien d'être trop poli non plus.
Suis allé acheter mes billets de bus pour quitter la ville. J'ai attendu 40 min devant un guichet trop calme pour être en activité. L'électricité était coupée, on ne pouvait plus imprimer les billets. Quand le courant est revenu, la bousculade a repris.
Puis j'ai perdu un peu de temps dans un musée d'histoire naturelle rempli d'animaux grossièrement empaillés. J'y ai tout de même trouvé cette phrase à méditer: "les pattes [des animaux] sont appropriées pour aller n'importe où". Et les jambes [des humains]?
Je pars demain pour les montagnes du Khangaï.
Oulan Bator se veut moderne, lancée sur le toboggan du capitalisme. Ici, aucun traditionnalisme déplacé. Les adolescents ont des habits mal assortis et les cheveux dressés vers le ciel, les costards se portent comme dans le reste du monde et les working girls ont des talons hauts. Le dèl traditionnel se fait rare. Seules les personnes agées le portent encore au quotidien. Ces personnes qui ont connu la Mongolie avant le règne du pétrole ont la démarche tordue et les jambes arquées comme des vieux cowboys. Sur l'aspalte, même combat. Oubliés les chevaux, ils ont laissés la place à la puanteur des gaz d'échappement.
La circulation d'Oulan Bator est celle d'un junkie après un shot d'adrénaline. Le traffic y est anarchique, hératique. Les véhicules changent nerveusement de file et de direction, s'arrêtent où bon leur semble. Quand la circulation est bloquée (tout le temps), les conducteurs se jettent dans les espaces libres de la chaussée puis freinent d'un coup, à quelques centimètres du pare-choc suivant. Dès qu'on peut, on se faufile, on s'évite, on se contourne. S'il le faut, on crée une nouvelle voie de circulation, une roue sur la chaussée, une roue sur la terre du bas-côté. Moyens et gros usent des mêmes stratégie - il n'y a pas de petits véhicules à Oulan Bator, pas de deux roues non plus. Accélération violente - autant que le permet un bus - puis freinage brutal. Pour les passagers, c'est un rodéo constant. Entre conducteurs, on essaie parfois de s'organiser. On fait un signe de la main - pour demander le passage, pas pour le laisser -, on klaxonne comme un sourd, on s'interpelle par la fenêtre. Ou on s'invective.
En tant que piéton, pour traverser ces fleuves, il faut attendre un léger reflux dans la marée de véhicules, pressentir l'espace vide. Puis se lancer. Oser avancer, se faufiler. Parfois forcer un peu le passage. De toute façon, s'il ne mène à rien de s'énerver, à Oulan Bator il ne mène à rien d'être trop poli non plus.
Suis allé acheter mes billets de bus pour quitter la ville. J'ai attendu 40 min devant un guichet trop calme pour être en activité. L'électricité était coupée, on ne pouvait plus imprimer les billets. Quand le courant est revenu, la bousculade a repris.
Puis j'ai perdu un peu de temps dans un musée d'histoire naturelle rempli d'animaux grossièrement empaillés. J'y ai tout de même trouvé cette phrase à méditer: "les pattes [des animaux] sont appropriées pour aller n'importe où". Et les jambes [des humains]?
Je pars demain pour les montagnes du Khangaï.
mardi 8 mai 2012
Transsibérien - 3/3
"Wake up, we are at the lake!". Tomasz me secoue sur ma couchette. Première pensée: pas moyen de se réveiller peinard dans ce train. Deuxième pensée: le Baïkal! Je saute dans mon pantalon et dégringole de ma couchette, appareil photo à la main.
Le spectacle est magnifique. La mer Baïkal étincelle sous les premiers rayons du soleil, gelée, recouverte d'épaisses plaques de glace. On sort de l'hiver et c'est la débacle, tout un réseau de chemins d'eau craquèle la surface et des reflets de feu jaillissent entre les morceaux de banquise. Sensation d'arctique. Explosion solaire entre les écailles gelées. "Holy shit!". L'australien n'en revient pas, jure en boucle et mitraille. De l'autre côté du lac, des montagnes sortent de la brume. Au nord, l'étendue d'eau et de glace se mélange avec le ciel.
Paul l'australien, Tomasz et Natan les polonais, Auke et Mike les hollandais et moi-même. Le petit groupe passe d'une fenêtre à l'autre dans une excitation d'enfant. Mike s'absente et revient avec des bières chinoises. On trinque à sa majesté du lac. Les polonais sortent une bouteille de vodka brune. Le train tourne autour de la pointe sud du lac. La bouteille tourne de main en main. L'ambiance tourne à la soirée étudiante. Saoûls de la beauté glacée du lac et du feu de la vodka, nous mettons toutes nos provisions en commun pour un petit déjeuner gargantuesque. Cité U avec vue sur le Baïkal. Notre 9 m2 ferroviaire est une piaule d'étudiants en enthousiasmologie, option étendues glacées.
"Wake up, wake up, we will soon be at Ulan Baator!" Pas moyen de se réveiller de soi-même dans ce train. Un coup d'oeil à mon réveil qui n'a pas eu le temps de sonner, il n'y a pas d'urgence. Un coup d'oeil par la fenêtre, le jour se lève sur la Mongolie. Je laisse le paysage se mélanger à la fin de mes rêves. Filets de brume qui se dissipent sous le soleil. Je laisse mon rêve prendre ses aises dans le paysage. Douceur du relief. Vert frais. L'herbe rase habille les collines d'un tapis de velours. Chevaux libres au milieu de rien. Yourtes comme des soucoupes blanches posées dans le gazon. Je reste longtemps à la fenêtre à respirer l'air du matin. Je me vois déjà cavaler comme le vent.
Puis un ville grise apparait sous un brouillard sale. Oulan Bator. Ma piste d'atterrissage en Mongolie.
Le spectacle est magnifique. La mer Baïkal étincelle sous les premiers rayons du soleil, gelée, recouverte d'épaisses plaques de glace. On sort de l'hiver et c'est la débacle, tout un réseau de chemins d'eau craquèle la surface et des reflets de feu jaillissent entre les morceaux de banquise. Sensation d'arctique. Explosion solaire entre les écailles gelées. "Holy shit!". L'australien n'en revient pas, jure en boucle et mitraille. De l'autre côté du lac, des montagnes sortent de la brume. Au nord, l'étendue d'eau et de glace se mélange avec le ciel.
Paul l'australien, Tomasz et Natan les polonais, Auke et Mike les hollandais et moi-même. Le petit groupe passe d'une fenêtre à l'autre dans une excitation d'enfant. Mike s'absente et revient avec des bières chinoises. On trinque à sa majesté du lac. Les polonais sortent une bouteille de vodka brune. Le train tourne autour de la pointe sud du lac. La bouteille tourne de main en main. L'ambiance tourne à la soirée étudiante. Saoûls de la beauté glacée du lac et du feu de la vodka, nous mettons toutes nos provisions en commun pour un petit déjeuner gargantuesque. Cité U avec vue sur le Baïkal. Notre 9 m2 ferroviaire est une piaule d'étudiants en enthousiasmologie, option étendues glacées.
"Wake up, wake up, we will soon be at Ulan Baator!" Pas moyen de se réveiller de soi-même dans ce train. Un coup d'oeil à mon réveil qui n'a pas eu le temps de sonner, il n'y a pas d'urgence. Un coup d'oeil par la fenêtre, le jour se lève sur la Mongolie. Je laisse le paysage se mélanger à la fin de mes rêves. Filets de brume qui se dissipent sous le soleil. Je laisse mon rêve prendre ses aises dans le paysage. Douceur du relief. Vert frais. L'herbe rase habille les collines d'un tapis de velours. Chevaux libres au milieu de rien. Yourtes comme des soucoupes blanches posées dans le gazon. Je reste longtemps à la fenêtre à respirer l'air du matin. Je me vois déjà cavaler comme le vent.
Puis un ville grise apparait sous un brouillard sale. Oulan Bator. Ma piste d'atterrissage en Mongolie.
Transsibérien - 2/3
Le train s'arrête et l'immobilité me réveille. Lumière à l'extérieur. Je m'habille, descends de ma couchette et jette un coup d'oeil à la grille d'horaire affichée dans le couloir. Nous sommes à Tumen, il est donc 3h du matin à l'heure de Moscou. Ici le jour se lève.
D'ouest en est, le transsibérien cours après le soleil. La vitesse du rail s'ajoute à la rotation de la terre et on traverse les fuseaux horaires en accéléré. Chaque soir la nuit vient un peu plus tot, chaque matin, le soleil se lève un peu plus tot.
Toutes les horloges sont fixées sur Moscou. Celle du train comme celle des gares. A bord, les uns et les autres gèrent différemment le temps qui passe, et au fil des jours, nous nous installons dans des temporalités différentes. Pour ma part, je me laisse porter par le soleil. Je me lève quand il fait jour, et j'essaie de me coucher au début de la nuit. Certains continuent de suivre leur montre et vivent à l'heure du Kremlin. D'autres se laissent aller à l'énergie du moment. C'est ainsi qu'en me levant je suis tombé sur Paul et Brom, passablement emméchés - pour ne pas dire complêtement saouls -, qui prolongaient joyeusement leur soirée. Ils m'ont offert un gobelet de scotch pour commencer ma journée.
"Do you think we should wake up Fabien?" Non, ça va, Je me suis réveillé. D'un coup. Je m'étais écrasé sur ma couchette. Juste sous le néon de la cabine, la tête dans le ronron du ventilateur. Je m'étais endormi à la mongole, dans les discussion et les rires de mes camarades. Dans le transsibérien comme dans les yourtes, la vie a la priorité. Ceux qui veulent dormir s'adaptent. Mon adaptation était parfaite.
J'étais parti loin, dans un rêve en français. Et mon réveil est aussi brutal que mon retour à l'international. Pas encore bien là, je m'entends demander ce qui se passe. En anglais. On me répond qu'on s'est arrêtés pour une demi-heure. Encore endormi, je m'habille et suis le mouvement vers l'extérieur.
Nuit noire. Il fait doux, 17 degrés. Sur l'imposant batiment soviétique de la gare, une énorme horloge digitale hurle l'heure en batons rouges lumineux. 19h26, branchée sur Moscou. A l'heure solaire, il doit plutot être minuit et demi. Je remonte doucement le train en échangeant quelques mots de mongol avec Bold.
Bruit de moteur. Un vieux camion russe chargé de charbon s'arrête devant la porte d'un wagon. Interjections russe et chinoise. Raclement de la pelle. Pluie dans le seau métallique. Le seau passe de main en main et disparait dans le train. Anglais. International. Un américain, un suédois, et un hollandais en discussion. Depuis quand sommes nous en Sibérie, on devrait voir le Baikal demain matin, le wagon restaurant est vraiment mauvais. A l'avant, l'énorme locomotive rouge qui nous tirait depuis Moscou quitte le train. Grondement. Une bleue sort de l'obscurité. Aussi grosse que la rouge. Le conducteur allume son phare et éclabousse le quai d'une lumière jaune et violente. Hurlements de freins. Sifflements. Avec la lenteur de sa puissance, elle vient s'accrocher au premier wagon. Accouplement de géants métalliques.
Au bout du quai, un chinois en uniforme gesticule. On va bientot partir. Je redescends le quai. Intonations chinoises. Controlleurs en pleine discussion. Dans le wagon, deux passagers préparent leur diner en poudre avec l'eau fumante du samovar. Hollandais. Dans la cabine, mes colocs discutent. Polonais. Je grimpe sur ma couchette et dans mes rêves. Français.
D'ouest en est, le transsibérien cours après le soleil. La vitesse du rail s'ajoute à la rotation de la terre et on traverse les fuseaux horaires en accéléré. Chaque soir la nuit vient un peu plus tot, chaque matin, le soleil se lève un peu plus tot.
Toutes les horloges sont fixées sur Moscou. Celle du train comme celle des gares. A bord, les uns et les autres gèrent différemment le temps qui passe, et au fil des jours, nous nous installons dans des temporalités différentes. Pour ma part, je me laisse porter par le soleil. Je me lève quand il fait jour, et j'essaie de me coucher au début de la nuit. Certains continuent de suivre leur montre et vivent à l'heure du Kremlin. D'autres se laissent aller à l'énergie du moment. C'est ainsi qu'en me levant je suis tombé sur Paul et Brom, passablement emméchés - pour ne pas dire complêtement saouls -, qui prolongaient joyeusement leur soirée. Ils m'ont offert un gobelet de scotch pour commencer ma journée.
"Do you think we should wake up Fabien?" Non, ça va, Je me suis réveillé. D'un coup. Je m'étais écrasé sur ma couchette. Juste sous le néon de la cabine, la tête dans le ronron du ventilateur. Je m'étais endormi à la mongole, dans les discussion et les rires de mes camarades. Dans le transsibérien comme dans les yourtes, la vie a la priorité. Ceux qui veulent dormir s'adaptent. Mon adaptation était parfaite.
J'étais parti loin, dans un rêve en français. Et mon réveil est aussi brutal que mon retour à l'international. Pas encore bien là, je m'entends demander ce qui se passe. En anglais. On me répond qu'on s'est arrêtés pour une demi-heure. Encore endormi, je m'habille et suis le mouvement vers l'extérieur.
Nuit noire. Il fait doux, 17 degrés. Sur l'imposant batiment soviétique de la gare, une énorme horloge digitale hurle l'heure en batons rouges lumineux. 19h26, branchée sur Moscou. A l'heure solaire, il doit plutot être minuit et demi. Je remonte doucement le train en échangeant quelques mots de mongol avec Bold.
Bruit de moteur. Un vieux camion russe chargé de charbon s'arrête devant la porte d'un wagon. Interjections russe et chinoise. Raclement de la pelle. Pluie dans le seau métallique. Le seau passe de main en main et disparait dans le train. Anglais. International. Un américain, un suédois, et un hollandais en discussion. Depuis quand sommes nous en Sibérie, on devrait voir le Baikal demain matin, le wagon restaurant est vraiment mauvais. A l'avant, l'énorme locomotive rouge qui nous tirait depuis Moscou quitte le train. Grondement. Une bleue sort de l'obscurité. Aussi grosse que la rouge. Le conducteur allume son phare et éclabousse le quai d'une lumière jaune et violente. Hurlements de freins. Sifflements. Avec la lenteur de sa puissance, elle vient s'accrocher au premier wagon. Accouplement de géants métalliques.
Au bout du quai, un chinois en uniforme gesticule. On va bientot partir. Je redescends le quai. Intonations chinoises. Controlleurs en pleine discussion. Dans le wagon, deux passagers préparent leur diner en poudre avec l'eau fumante du samovar. Hollandais. Dans la cabine, mes colocs discutent. Polonais. Je grimpe sur ma couchette et dans mes rêves. Français.
lundi 7 mai 2012
Transsibérien - 1/3
"Ah, I hate vodka". Fort accent polonais. Tomasz fait une grimace et claque son shooter en fer blanc sur la table. Natan, son compatriote a déjà la bouteille dans les mains. Il sert un troisième tour, " à la rencontre! ". A la rencontre, donc!
Aujourd'hui, ils m'ont enseigné les règles de la vodka. L'utilisation du popitka - boisson plus légère à alterner entre les shots de vodka pour en apaiser le feu -, celle des zakonskas - petits morceaux de nourriture, grasse de préférence, à prendre entre les shots de vodka, également pour en atténuer le feu -, ainsi que les aliments à consommer ou à ne pas consommer avant la vodka - le lard est conseillé pour tapisser l'estomac de gras et le protéger, le pain et les patates sont à proscrire. C'est une affaire de culture, c'est une tradition. "Et c'est bon pour l'estomac", justifie Tomasz. Même s'ils n'aiment pas particulièrement ça, les deux polonais voyagent avec trois bouteilles dans leurs bagages. Pour tenir jusqu'à Beijing.
La première bouteille vide ses dernières gouttes dans les gobelets. "Au train!". Ok, au train.
A l'extérieur, des arbres et des arbres. les immenses forêts de bouleaux de la Sibérie alignent leur troncs blancs. Gardes du Tsar en haie d'honneur. A force de vodka et de bière chinoise (600ml, et "délicieuse, encore meilleure que la tchèque"), mes deux compagnons de cabine ont les yeux qui brillent et les paupières qui tombent. Ils n'en ont plus pour très longtemps avant de s'allonger sur leur couchette et de commencer à ronfler. Je les laisse. Je vais deux cabines plus loin pour rejoindre un hollandais et suivre la deuxième partie d'un exposé complet sur la neurobiologie du mouvement et les douleurs fantomes.
Nous sommes 12 dans le wagon n*6: 7 hollandais, 2 polonais, 1 français, 1 australien et 1 mongol. Le reste du train est quasiment vide. Sur 14 voitures, nous sommes 20 passagers. Et comme il y a un personnel naviguant ou deux par voiture, cela fait presque autant de chinois en uniforme que de passagers.
Nuit noire derrière les vitres. La Taiga défile sans se montrer. Je rejoins mon compartiment ou les polonais dorment à poings fermés et monte sur ma couchette. Une planche de bois couverte d'un maigre matelas. Bercé par les mouvements du train, je m'endors rapidement. Comme je me suis endormi hier soir, ce matin, et cet après midi. On dort beaucoup dans le transsibérien.
Aujourd'hui, ils m'ont enseigné les règles de la vodka. L'utilisation du popitka - boisson plus légère à alterner entre les shots de vodka pour en apaiser le feu -, celle des zakonskas - petits morceaux de nourriture, grasse de préférence, à prendre entre les shots de vodka, également pour en atténuer le feu -, ainsi que les aliments à consommer ou à ne pas consommer avant la vodka - le lard est conseillé pour tapisser l'estomac de gras et le protéger, le pain et les patates sont à proscrire. C'est une affaire de culture, c'est une tradition. "Et c'est bon pour l'estomac", justifie Tomasz. Même s'ils n'aiment pas particulièrement ça, les deux polonais voyagent avec trois bouteilles dans leurs bagages. Pour tenir jusqu'à Beijing.
La première bouteille vide ses dernières gouttes dans les gobelets. "Au train!". Ok, au train.
A l'extérieur, des arbres et des arbres. les immenses forêts de bouleaux de la Sibérie alignent leur troncs blancs. Gardes du Tsar en haie d'honneur. A force de vodka et de bière chinoise (600ml, et "délicieuse, encore meilleure que la tchèque"), mes deux compagnons de cabine ont les yeux qui brillent et les paupières qui tombent. Ils n'en ont plus pour très longtemps avant de s'allonger sur leur couchette et de commencer à ronfler. Je les laisse. Je vais deux cabines plus loin pour rejoindre un hollandais et suivre la deuxième partie d'un exposé complet sur la neurobiologie du mouvement et les douleurs fantomes.
Nous sommes 12 dans le wagon n*6: 7 hollandais, 2 polonais, 1 français, 1 australien et 1 mongol. Le reste du train est quasiment vide. Sur 14 voitures, nous sommes 20 passagers. Et comme il y a un personnel naviguant ou deux par voiture, cela fait presque autant de chinois en uniforme que de passagers.
Nuit noire derrière les vitres. La Taiga défile sans se montrer. Je rejoins mon compartiment ou les polonais dorment à poings fermés et monte sur ma couchette. Une planche de bois couverte d'un maigre matelas. Bercé par les mouvements du train, je m'endors rapidement. Comme je me suis endormi hier soir, ce matin, et cet après midi. On dort beaucoup dans le transsibérien.
mardi 1 mai 2012
Quelques heures à Moscou
1er mai, 3h du matin, banlieue de Moscou. La vieille Lada noire roule dans la nuit en ronronnant. A bord, quatre kirghizes, un géorgien et moi-même. Silencieux.
Nous avons quittés l'aéroport depuis une demi-heure et nous roulons sur une énorme autoroute à quatre voies déserte et le géorgien - qui tient le volant -, semble user de ses dernières forces pour garder les yeux sur la route.
Moi, au milieu de la banquette arrière, je donne toute l'énergie qu'il me reste pour ne pas écraser mes voisins sur les portières. On ne m'a bizarrement pas proposé de mettre mon sac dans le coffre et les 80L que je porte sur les genoux me font sentir comme un sumotori coincé dans un triporteur piaggio.
Comme beaucoup de situations étranges, celle-ci a son origine dans un gentil mal-entendu. J'ai abordé Gulbara à l'aéroport de Zurich pour tuer ce qu'il restait des 5h d'attente avant de décoller pour Moscou. Je la croyais mongole en retour au pays, elle s'est avérée kirghize vivant en France et en partance pour 10 jours de vacances chez des amis. Nous nous sommes mis à discuter et elle m'a expliqué qu'il y a une large communauté kirghize dans la capitale Russe. Ils viennent y travailler car Bishkek n'est pas si loin - me dit-elle - et ils parlent déjà un mélange de kirghize et de russe. Arrivés à Moscou, je lui demande si elle et ses amis accepteraient de m'héberger pour quelques heures de sommeil. Elle a accepté, ses amis aussi, et je me suis trouvé entassé avec 5 autres personnes dans un petit véhicule d'une époque révolue, 13Kg de bagages sur les cuisses, et aucune idée de l'endroit ou nous allions.
La fin de la nuit s'est passée dans un entrepot de sushis et pizzas à commander par internet, dans les rires kirghizes ( le géorgien est parti juste après nous avoir déposé, non sans avoir vu son service remercié de quelques billets). J'ai grapillé deux heures de sommeil en m'endormant dans un fauteuil de bureau, et ces deux heures ajoutées à une sieste sur un banc de l'aéroport de Zurich devront me faire tenir jusqu'à ce soir.
Jusqu'au transibérien et à la couchette qui m'y attend.
Nous avons quittés l'aéroport depuis une demi-heure et nous roulons sur une énorme autoroute à quatre voies déserte et le géorgien - qui tient le volant -, semble user de ses dernières forces pour garder les yeux sur la route.
Moi, au milieu de la banquette arrière, je donne toute l'énergie qu'il me reste pour ne pas écraser mes voisins sur les portières. On ne m'a bizarrement pas proposé de mettre mon sac dans le coffre et les 80L que je porte sur les genoux me font sentir comme un sumotori coincé dans un triporteur piaggio.
Comme beaucoup de situations étranges, celle-ci a son origine dans un gentil mal-entendu. J'ai abordé Gulbara à l'aéroport de Zurich pour tuer ce qu'il restait des 5h d'attente avant de décoller pour Moscou. Je la croyais mongole en retour au pays, elle s'est avérée kirghize vivant en France et en partance pour 10 jours de vacances chez des amis. Nous nous sommes mis à discuter et elle m'a expliqué qu'il y a une large communauté kirghize dans la capitale Russe. Ils viennent y travailler car Bishkek n'est pas si loin - me dit-elle - et ils parlent déjà un mélange de kirghize et de russe. Arrivés à Moscou, je lui demande si elle et ses amis accepteraient de m'héberger pour quelques heures de sommeil. Elle a accepté, ses amis aussi, et je me suis trouvé entassé avec 5 autres personnes dans un petit véhicule d'une époque révolue, 13Kg de bagages sur les cuisses, et aucune idée de l'endroit ou nous allions.
La fin de la nuit s'est passée dans un entrepot de sushis et pizzas à commander par internet, dans les rires kirghizes ( le géorgien est parti juste après nous avoir déposé, non sans avoir vu son service remercié de quelques billets). J'ai grapillé deux heures de sommeil en m'endormant dans un fauteuil de bureau, et ces deux heures ajoutées à une sieste sur un banc de l'aéroport de Zurich devront me faire tenir jusqu'à ce soir.
Jusqu'au transibérien et à la couchette qui m'y attend.
vendredi 6 avril 2012
Départ imminent
Voilà bientôt un an que j'ai quitté la capitale magyare pour rentrer à Paris. Il ne s'est pas encore écoulé une année complète, mais déjà le béton se fait oppressant et l'horizon me fait de l'oeil. Il faut que je reparte!
Trop de bâtiments, trop de voitures, trop de monde, la ville lumière m'étouffe. Alors histoire de jouer sur un contraste sans détour, je pars pour le pays le moins densément peuplé de la planète. Un pays d'espace et de vent où il y a plus de chevaux que d'êtres humains : la Mongolie.
Comme à chaque fois que je suis parti crapahuter sur le monde, j'écrirai régulièrement. Tout les dix jours environs. Mais cette fois, je publierai ces écrits ici.
Pour être tenu au courant, pour avoir quelques nouvelles fraîches dans votre boite mail, inscrivez vous au blog. Ça ne coûte rien, c'est facile, et si vraiment je vous ennuie, c'est réversible!
Départ début mai par le transsibérien.
Trop de bâtiments, trop de voitures, trop de monde, la ville lumière m'étouffe. Alors histoire de jouer sur un contraste sans détour, je pars pour le pays le moins densément peuplé de la planète. Un pays d'espace et de vent où il y a plus de chevaux que d'êtres humains : la Mongolie.
Comme à chaque fois que je suis parti crapahuter sur le monde, j'écrirai régulièrement. Tout les dix jours environs. Mais cette fois, je publierai ces écrits ici.
Pour être tenu au courant, pour avoir quelques nouvelles fraîches dans votre boite mail, inscrivez vous au blog. Ça ne coûte rien, c'est facile, et si vraiment je vous ennuie, c'est réversible!
Départ début mai par le transsibérien.
mercredi 28 mars 2012
Portraits en Bar

Pour 2h de croquis sur le vif:
- s'arrêter un établissement un peu fréquenté, à une heure où les clients s'attardent un peu,
- s'installer tranquillement dans un coin en prêtant attention au lignes de vues disponible sur les autres consommateurs,
- commander un café, une bière, ou tout autre boisson à convenance,
- dans l'éventualité d'une touche d'aquarelle, demander un verre d'eau,
- sortir tranquillement son matériel,
- laisser reposer la situation 5-10 min pour bien prendre la température du lieu,
- choisir des sujets visibles, mais pas directement en vis à vis , si possible engagés dans une conversation intense ou plongés dans une lecture passionnante,
- puis dessiner par jets en observant le sujet par intermittence, avec attention, mais sans insistance.

















dimanche 12 février 2012
Cent fois sur le métier...
"Oh, moi j'admire toujours les gens qui savent dessiner. C'est vraiment un don!" Madame, ce n'est pas juste un don, c'est surtout du travail. Du travail, du travail, beaucoup de travail!
Après une désastreuse séance de portrait sur le vif dans un café, je me suis dit qu'il fallait vraiment que je révise mes bases. S'en est suivi une séance de plusieurs heures au cours de laquelle ont étés consommés 3 cm de crayon 2B, une grosse vingtaine de feuilles A4 de papier d'imprimante, 1 litre et demi de thé, et une tablette de chocolat. Séance d'après photo parce que ça bouge moins que les gens dans les cafés et en écoutant 142 fois le même morceau musical pour éviter de penser à autre chose.
En résumé de la séance, voici les 16 meilleures planches.
Si l'une d'entre elle vous rappelle un ami ou une connaissance, dites-vous que ce n'est qu'un heureux hasard ou une malencontreuse coïncidence.
Après une désastreuse séance de portrait sur le vif dans un café, je me suis dit qu'il fallait vraiment que je révise mes bases. S'en est suivi une séance de plusieurs heures au cours de laquelle ont étés consommés 3 cm de crayon 2B, une grosse vingtaine de feuilles A4 de papier d'imprimante, 1 litre et demi de thé, et une tablette de chocolat. Séance d'après photo parce que ça bouge moins que les gens dans les cafés et en écoutant 142 fois le même morceau musical pour éviter de penser à autre chose.
En résumé de la séance, voici les 16 meilleures planches.
Si l'une d'entre elle vous rappelle un ami ou une connaissance, dites-vous que ce n'est qu'un heureux hasard ou une malencontreuse coïncidence.
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Portraits
vendredi 3 février 2012
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