lundi 30 août 2010

De la spontanéité d'expression

J'ai manqué de m'engueuler avec une caissière. Perdu une belle occasion plutôt.
Comme toujours, la situation génératrice du conflit était ridicule : elle a refusé de me rendre mes paprikas sous le prétexte fallacieux qu'ils étaient mal étiquetés.

Les gens qui me laissent le temps de construire mes phrases ont jusqu'ici étés très flatteur sur mes capacités en hongrois. Mais le non-sens de la situation m'a coupé mes moyens. Comment a t-elle pu faire passer tous mes articles, faire l'addition et se permettre au milieu de tout ça de rejeter sans le moindre égards mes trois petits légumes? J'ai essayé de protester. Mais la vitesse de la répartie fut violemment dédaigneuse de mon état d'apprenti magyarophone. Un regard de basilic qui a pétrifié l'espace. Et tous les mots qui se préparaient à jaillir de mes synapses pour gagner la voie des airs ont battus en retraite. Le vide de mon interlocutrice et l'absence totale de gestes facilitant la compréhension ont irrémédiablement déboussolés mon armée de phonèmes. Comme si une question piège jetée en allemand du haut d'un bunker avait renvoyé en Angleterre l'armée entière du débarquement. Échec et mat en un coup. Ace.
Puis elle s'est borné à m'indiquer du doigt le chiffre indiqué sur sa caisse enregistreuse.

Quitté le supermarché pour un parc public. Vexé. J'ai ressassé ma rancune tout le chemin. Et ravalé la frustration terrible de se voir ainsi ramené à l'état non-communicatif du touriste en maraude. "Encore un con**rd d'étranger" a-t-elle du se dire. "Encore une con**sse de caissière" me suis-je empressé de penser. Pendant la dizaine de minutes de trajet, mes troupes se sont réorganisés. Des bataillons de mots ont aiguisés leurs lames. Ah ils étaient beaux ces mots! En retard certes, mais ils étaient fiers comme à la parade. Tous prêts à en découdre et à défendre la cause juste du paprika mal étiqueté.
Il m'a fallut les calmer, les renvoyer à la caserne et à l'entrainement. Mais voilà, je sais qu'ils sont là. Et la prochaine qui me pique mes légumes, gare à elle: elle va prendre pour deux.

1 commentaire:

  1. Toujours se méfier des paprikas... Belles pirouettes linguistiques en passant !

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